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mardi 2 mai 2017

Miroir Obscur, de Ivan Zinberg


Et de trois pour Ivan Zinberg, qui récidive après les excellents Jeu d'Ombres et Étoile Morte. Avec Miroir Obscur, il nous livre un page-turner original qui s'éloigne ici des constructions standards et habituelles du polar.
Original et différent car l'auteur prend ici le parti de mettre en scène non pas un inspecteur (même s'il est épaulé par une ex-flic) mais un paparazzo qui se voit impliqué, soupçonné même, et qui, de par son statut, va opérer des méthodes très différentes de ce qu'aurait fait un personnage issu du milieu.
Car notre photographe est prêt à tout pour se blanchir quand un serial-killer à la logique particulière qui décime des célébrités, jumeaux de surcroît, s'arrange pour le faire accuser en plaçant sa carte de visite près de la première victime. Dans un Los Angeles huppé, les médias se délectent et se déchaînent avec une telle affaire. Quel but poursuit ce tueur ? Pourquoi cible-t-il spécifiquement ce genre de personnes ? Et pour le paparazzo Michael Singer, la question est d'essayer de comprendre pourquoi il s'efforce à le faire accuser.
Avec une intrigue complexe mais totalement maîtrisée, implacablement écrite jusqu'à un final efficacement déroutant, l'auteur prouve qu'il fait sans conteste partie du renouveau du polar français, rien que ça !

mardi 23 août 2016

Dusk de Sébastien Bouchery



   Prenez pour décor la terre froide et l’hiver glacial du Nebraska, une année à peine après la guerre de Sécession. Ajoutez le meurtre particulièrement ignoble d’une petite fille. Placez-y des personnages hauts-en-couleurs, une bande de redoutables limiers mandatés pour en « neutraliser » l’assassin. N’oubliez pas cet étrange autre ennemi, ce prédateur secret, tueur en série qui sème de nombreux et inquiétants cadavres sur son passage. Enfin, saupoudrez le tout de révélations et rebondissements qui vous laisseront sans voix, de scènes de fusillades complètement jouissives, et de répliques qui font simplement mouche.
   Ce cocktail détonant de thriller et de western, c’est Dusk.

   On retrouve ici tous les éléments qui font un bon western, mais aussi un bon roman.
Les personnages sont parfaits. D’horizons et de caractères différents, hantés par leurs passés sombres, ils offrent un panel varié et complet de la vie dans le Vieil Ouest. Du shérif à l’ancien soldat, en passant par le chasseur de primes, l’écrivain pas forcément à sa place parmi ces bras cassés, ou encore le personnage féminin fort, l’équipe propose une excellente brochette de personnalités qui permet au récit de rester fort et puissant tout du long.
   L’écriture est fluide, les dialogues forts et si particuliers de cette époque (j'ai souri devant l'expression "faire la nique" que je n'avais pas entendue depuis certains films), et on sent que Sébastien Bouchery maîtrise à la perfection son intrigue (très cinématographique). Il aime le cinéma, il aime le western, et cela se ressent !
   La scène finale est digne d’un Tarantino et la conclusion termine en apothéose sanglante un récit qui sent la poudre et qui monte crescendo.

   Trouvez donc une bonne rambarde où accrocher votre canasson, sirotez un bon whisky et laissez-vous porter par l’excellent conteur qu’est Sébastien Bouchery, car, croyez-moi sur parole, ça en vaut la peine et vous ne serez pas déçus.


   Dusk est une claque dans la gueule comme on aimerait en prendre plus souvent.



lundi 11 janvier 2016

Wayward Pines de Blake Crouch




Bienvenue à Wayward Pines.
Bourgade idyllique de l’Idaho, Wayward Pines a tout l’air d’une ville paisible où il fait bon vivre. Même si sa clôture électrifiée qui en fait le tour et en bloque l’accès, ainsi que les caméras et la surveillance téléphonique omniprésente, peuvent laisser prétendre le contraire.
          C’est ici que son enquête a conduit Ethan Burke, agent des services secrets. Après un accident de voiture, il se réveille partiellement amnésique dans un hôpital presque vide de la ville.
Et c’est ici que ça se complique. En dehors du fait qu’il n’y ait étrangement aucun moyen de quitter la ville, c’est toute la population de Wayward Pines qui ment à Ethan Burke. Tous semblent cacher de lourds secrets. Plus troublant encore, chacun semble avoir été « amené » ici contre son gré, systématiquement à la suite d'un accident de voiture. Mais ça, personne ne doit en parler. On ne parle pas du passé d’ailleurs, c’est interdit. On se contente simplement de vivre joyeusement sa vie, et de surtout répondre au téléphone quand il sonne.

            Wayward Pines, nichée dans son paysage de carte postale, cache un mystère...
Blake Crouch démarre son roman (qui est une trilogie) comme un polar rondement bien ficelé, avec tous les codes du genre (un agent des services secrets à la vie personnelle agitée, une enquête sur des partenaires disparus, une atmosphère lourde de complots…)
Mais, peu à peu, les mystères s’éclaircissent, les pièces du puzzle s’assemblent, et la tournure que prend l’histoire nous fait basculer efficacement dans un récit de science-fiction. 
Et c’est là que Wayward Pines se démarque réellement de toute la production littéraire du genre.
L’autre coup de maître de cette trilogie, c’est son twist, qui apparaît relativement rapidement (à la fin du premier tome). Contrairement à de nombreux autres auteurs qui auraient choisi (la facilité ?) de laisser le dénouement final éclater pour créer un effet de surprise, Blake Crouch distille savoureusement ses révélations dès le premier tome, et se permet, avec talent, de continuer les deux suivants en plaçant ses personnages dans une situation complexe et intéressante de « Je connais la vérité. Maintenant, comment vais-je l’appréhender et vivre avec ? »
C’est une approche ingénieuse (mise en évidence par Hitchcock et son exemple de la bombe, expliquant ainsi la différence entre suspense et surprise) et Crouch l’a bien compris.
Le rythme s’enchaîne efficacement et la tension monte crescendo jusqu'au final explosif et surprenant.

            Wayward Pines est une trilogie à la croisée des genres, ingénieuse et terriblement percutante.


mardi 26 février 2013

Un père idéal de Paul Cleave



Edward, comptable dans un cabinet d’avocats et citoyen modèle, fait tout pour oublier son passé. Et notamment Jack, son père.
Car à neuf ans, Ed a vu son père se faire arrêter sous ses yeux pour le meurtre de plusieurs prostituées, petite manie qu’il gardait bien pour lui dans son rôle de père modèle et de mari attentionné.
Mais quand sa femme est assassinée, Edward n’a d’autres choix que de se tourner vers son père, que l’on surnomme à présent le serial killer de Christchurch, toujours derrière les barreaux, pour l’aider.
De là va découler pour le pauvre Ed un enchainement d’événements qui vont le précipiter dans la noirceur qui sommeille en lui.
Après Un employé modèle, véritable polar grinçant, qui se passait aussi à Christchurch, Paul Cleave revient avec un thriller psychologique original et virulent, qui prouve que les serials killers peuvent être des pères maladroits et attachants.
Impeccablement écrit, l’intrigue est maîtrisée, totalement déroutante, jusqu’au final bouleversant.

Voodoo Land de Nick Stone




Dans un zoo de Miami, deux flics d’élite découvrent un spectacle macabre. Dans la cage des singes, gît le cadavre d’un homme dont le nez et la bouche ont été cousus, avec une carte de tarot retrouvée dans son estomac.
Un nom arrive alors à leurs oreilles. Salomon Boukman. Et son énigmatique sorcellerie vaudoue.
Les deux policiers vont alors plonger dans la culture et la communauté haïtienne, dans un monde de sorcellerie et de magie noire.
Nick Stone poursuit après Tonton Clarinette et Cuba Libre, les enquêtes de son désormais célèbre Max Mingus, même s’il s’agit plus ici d’un prequel à ses aventures qu’une suite.
On retrouve dans l’écriture de Stone un faux air et des reflets de James Ellroy, même si le thème du vaudou et du zombie haïtien nous fait grandement penser à L’emprise des Ténèbres, le film de Wes Craven inspiré de l’histoire de Wade Davis.
Malgré ses 600 pages, le rythme ne retombe à aucun moment et l’intrigue est profondément aboutie grâce, en grande partie, à son duo de flics torturés et de leur part sombre.
La prochaine aventure de Mingus, « Voodoo Eyes » est à paraître.

mercredi 9 janvier 2013

Raclée de Verts de Caryl Férey



Michel a deux passions : l’A.S.S.E et son chien qu’il a appelé Janvion (en référence à la grande épopée des verts).
Mais Michel aime aussi étrangler les vieilles dames, qu’il identifie aux anciens joueurs adverses qui auraient fait perdre son équipe.
Interdit de stade pour son comportement, il suit les matchs dans les diverses télés des bars de Saint-Etienne.
Chaque soir de match, l’adrénaline du meurtre monte en lui. Ce supporter raciste et associable (pas besoin d’amis quand on a les Verts) va donc se défouler, accompagné de son fidèle Janvion, chez les personnes âgées qu’il suit chez elles après les matchs.
Mais à chaque nouveau meurtre, Michel se réveille soudainement avec un sens en moins.
L’odorat, le goût…Pourra-t-il s’arrêter ?
Un polar efficace qui se passe à Saint-Etienne, qui plus est écrit par l’un des plus grands auteurs de policier français, forcément ça ne passe pas inaperçu.
Caryl Férey, en grand fan de la grande époque de l’A.S.S.E, nous livre ici un délire personnel, drôle et cruel en même temps, et totalement jubilatoire.

mardi 8 janvier 2013

Father de Vito Bruschini




Au cœur de la Sicile des années 30’, un village voit venir la montée du fascisme. L’escalade vers la violence gratuite amène les chemises noires, soutenus par un pouvoir défaillant, à laisser court à leur amertume et désir de meurtre.
L’aristocratie locale vit ici ses dernières heures et le prince Ferdinando Licata, surnommé u patri (le père) par les paysans qu’il protège, est contraint à l’exil.
Il fuit sa terre natale pour les Etats-Unis, où ce sera pour lui le début d’une quête de pouvoir au milieu des organisations secrètes et des mafias intestines.
Il s’impose rapidement comme le parrain des parrains, alors que la menace de la Seconde Guerre Mondiale gronde.
Father est à la fois une saga historique (de 1920 à 1943, de la Sicile au Bronx) et un roman policier où se mêlent mafias, secrets, meurtres ou encore persécutions raciales.
L’écriture est efficace et nous permet de jongler facilement entre les diverses époques, les divers lieux et les différentes intrigues que propose ce roman.
Vito Bruschini nous livre, à travers un personnage certes fictif mais inspiré, les rouages de la mafia sous les nouvelles révélations des relations italo-américaine au cours de la Seconde Guerre Mondiale.

mardi 24 juillet 2012

Je ne suis pas un serial killer de Dan Wells





Ne plus éviscérer les animaux. Ne plus flâner sur les scènes de crime. Ne plus nourrir de pensées négatives. Ne plus regarder les gens avec trop d’insistance.
Voilà certaines des règles que se fixe John, 15 ans, clairement animé de pulsions meurtrières et sociopathe attesté par son psy.
Il faut dire que se contrôler n’est pas forcement évident pour lui. Passionné depuis l’âge de sept ans par les tueurs en série, sa mère tient le funérarium de la ville (ça n’aide pas).
Pourtant décidé à se ranger, John découvre au funérarium de maman les victimes du « Démon », serial killer qui sévit en ville.
Devant l’incapacité des services de police à coincer le tueur, John pense utile de se servir de son côté malsain pour arriver à lui mettre la main dessus. Après tout, n’est-il pas le mieux placé pour l’arrêter ?
Seul un monstre peut attraper un monstre.
Evidemment, on pense à Dexter, on pense à Six Feet Under, on pense à tellement plus. Mais attention, ce livre est pourtant tout sauf du déjà-vu et du réchauffé. C’est terriblement drôle et original.
Dan Wells dynamite les clichés du thriller avec un humour servi très noir et une originalité sans pareille.

mardi 10 janvier 2012

Le Cimetière du Diable de Anonyme



Le livre sans nom suivi comme son ombre de L’œil de la Lune avaient donné le ton à un genre nouveau : un polar tout droit sorti de la quatrième dimension, signé d’un mystérieux anonyme laissant courir sur son compte les plus folles rumeurs.
Dans Le cimetière du diable, troisième et dernier volet de ce sidérant triptyque, le tueur en série Bourbon Kid débarque dans un bled perdu en plein désert, où a lieu un festival de musique au titre prometteur (« Back from the death » !!). Les sosies morts-vivants des plus grandes rock stars (James Brown, Elvis Presley, Johnny Cash, Freddie Mercury, Janis Joplin, Michael Jackson, Kurt Cobain…) sont à l’affiche de l’hôtel Pasadena, pour ce Woodstock d’outre-tombe. Et rapidement, les meurtres commencent à s’accumuler...
Le Cimetière du diable évoque irrésistiblement et étrangement les productions (et les bandes-sons) de Quentin Tarantino (serait-il notre auteur mystère ?) et fait revivre les vieilles légendes pop et rock qui nous soufflent que le King serait toujours en vie, ou que le Diable peut se trouver à un croisement sale, à proposer un pacte à Robert Johnson pour apprendre la guitare…
Bienvenue au concert le plus et rock & zombies de l’année !

Le livre sans nom de Anonyme



Le livre sans nom porte bien son nom. Ne cherchez pas à retourner le bouquin dans tous les sens, vous ne trouverez pas son auteur. Mis en ligne par un soi-disant anonyme, il a connu un véritable succès à travers le monde, et le voici arrivé en France, pour notre plus grand bonheur.
Déjà, le mystère prend des proportions énormes et les spéculations vont bon train. Et si cet auteur anonyme n'était en réalité pas si anonyme ? Depuis plusieurs mois, des noms circulent sur la toile. Parmi eux, David Bowie, le Prince Charles (Hé oui il en faut pour tous les goûts !) et Quentin Tarantino himself (pour ma part, je pense aussi à lui tant les références à la culture Tarantino sont énormes dans ce livre).
Pour l'histoire ? C'est tout aussi déjanté ! Un serial killer surnommé The Bourbon Kid, un chasseur de primes sosie d'Elvis, une bimbo amnésique, des moines expert en arts martiaux ou un couple de flics cinéphiles, tels sont les protagonistes hauts en couleurs et totalement stéréotypés de ce roman. Rajoutez à cela une pierre précieuse au pouvoir étrange, un livre sans nom qui décime ses lecteurs, des situations toujours plus délirantes les unes que les autres, sans oublier les bains de sang, et vous obtenez le ton du Livre sans nom.
Pas le temps de respirer, le rythme s'enchaîne à toute allure et on en redemande !
Véritable référence à la culture pop, au cinéma, à la musique et aux comics, ce roman inclassable est pour moi déjà un livre culte !
Avec deux tomes à suivre, peut-être l'auteur mystère attend-il le final de la trilogie pour se dévoiler au monde.